L’actualité de ces dernières semaines porte sur la censure sur Internet avec l’Italie au premier rang. Le projet de décret que souhaite faire voter Silvio Berlusconi, le chef du gouvernement, remet en question le contrôle sur le web, un évènement qui fait boule de neige suite à la polémique autour de Google censuré en Chine. Quel sera l’avenir d’internet ? Jusqu’où peut aller la censure sur le web ?
Italie : une nouvelle forme de dictature ?
Silvio Berlusconi est l’homme politique le plus contesté d’Italie. À la fois provocateur (bourde faite à l’égard d’Obama) et séducteur (ses dérapages avec des jeunes-femmes), Berlusconi fait encore parler de lui avec un décret, qui devrait être transformé en loi le 5 février prochain. Le gouvernement souhaite que les télévisions sur le web soient soumises aux mêmes réglementations que les grands réseaux classiques, publics ou privés, tels que la Rai ou encore Mediaset dont Silvio Berlusconi est le propriétaire. Ces dernières doivent obtenir du ministère italien des communications une autorisation pour « diffuser et distribuer sur Internet des images animées, accompagnées ou non de son ». Silvio Berlusconi est décidé à faire la loi sur la toile.
Beaucoup crient au scandale, car à plus large portée, le texte pourrait éventuellement installer un système d’autorisation préalable pour les internautes souhaitant télécharger une vidéo sur YouTube ou autre. Ce décret suscite de vives contestations du côté de l’opposition « Il s’agit d’une limitation incroyable de la façon dont l’Internet fonctionne » a déclaré sur son blog Paolo Gentiloni, l’ancien ministre des Communications.
Les raisons invoquées sont la protection de l’enfance contre l’excès de violence ou la pornographie ainsi que la défense des droits d’auteur. Le texte de loi concerne aussi bien les web TV que les sites de médias sociaux tels que YouTube, Facebook… De même pour les fournisseurs internet qui ne seront pas épargnés. Ceux ne respectant pas la loi seront passibles d’une amende pouvant atteindre 150 000 euros. Cette loi serait une application de la directive européenne sur le placement de produit.
Une nouvelle forme de police est née, celle sur Internet
Ce n’est pas la première fois que la question des droits d’auteur et du respect de la propriété intellectuelle se pose sur Internet. En France, la loi LOPPSI (Loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure) vise à respecter les libertés individuelles sur Internet. Ce projet de loi est sur le point d’être présenté cet été. Nombreux sont les gouvernements qui commencent à vouloir contrôler le contenu sur internet. La Chine, la Corée du Nord et l’Iran tentent déjà de la faire mais de façon drastique.
Effectivement, il est nécessaire que des mesures de contrôle soient mises en place sur Internet et notamment sur les medias sociaux. Peu de gens savent que toutes les informations inscrites dans Facebook (données personnelles, conversations, photos, vidéos…) deviennent la propriété de la compagnie. Ces informations personnelles sont une mine d’or pour les annonceurs, les entreprises et même les gouvernements, la question que je me pose est ce que Facebook va faire de toutes nos données ? Vont-elles être exploitées à des fins commerciales ? Méfions-nous du contenu diffusé sur les réseaux sociaux. Il est donc urgent que des mesures de contrôle sur Internet soient mises en place.
Exemples de censure sur le web

La Chine fait preuve de censure envers le géant Google. Depuis sa création en 2006, Google.cn subit des pressions gouvernementales, on reproche à la compagnie de faire le jeu du pouvoir central. Certains spécialistes s’étonnent que Google ne l’ait pas fait avant : « Considérant l’intérêt souvent manifesté par Google envers la liberté d’accès sur l’internet, je suis surpris qu’elle ait toléré aussi longtemps les restrictions reprochées aux autorités chinoises » a indiqué M. Copeland à La Presse Affaires. Rappelons que les revenus de Google en Chine se chiffraient à environ 600 millions de dollars par année avec une croissance annuelle de 40%. Cela ouvre le débat entre la libre circulation de l’information sur la toile et la nécessité d’un contrôle par les autorités gouvernementales.
Au Québec, la censure commence, le blog de Michelle Blanc est depuis septembre 2008 censuré par le gouvernement fédéral à la suite d’un article quelque peu critique sur le nouveau blog d’un parti politique : « Parti Conservateur, un nouveau site poche ».
Aux États-Unis, le World Information Access Project mis en place par l’université de Washington est à l’origine de l’arrestation de 64 blogueurs à cause de leur contenu jugé immoral entre 2003 et 2008.
« Using Google and LexisNexis as search engines, we found 64 blogger arrest incidents discussed in various news articles, blogs, scholarly articles and informational Web sites. We organized the incidents by blogger name, country, date of arrest, reason for arrest and time in jail. The majority of incidents took place in the Middle East and Asia with some in North America and Western Europe. We recorded only bloggers who were arrested for using electronic media, which included written online blogs, videos and text messages, to discuss or record political issues and events. The online texts we reviewed cited a variety of reasons for the arrests including refusal to give information to the government and violating rules unrelated to state security. Incidents involving pornography or sexual abuse were avoided with the exception of a few select incidents».
En France, le réalisateur Luc Besson s’en est pris au site Beemotion.fr qui proposait un accès direct gratuit à quelques 150 films dont ceux du réalisateur, hébergés par le site lui-même. Protestant contre le non-respect de la loi sur la propriété intellectuelle, Luc Besson a attaqué le site en justice qui a dû fermer ses portes.
La liste d’exemples est longue mais il est difficile de contrôler tout ce qui se passe sur internet étant donné que l’on estime à 3000 le nombre de nouveaux sites qui apparaissent chaque jour sur la toile aux États-Unis. Le nombre de pages web sur Internet est de l’ordre de 320 millions aux États-Unis et l’on s’attend à une augmentation de 1000 % dans quelques années. Dans cette optique, les logiciels de filtrage et de classification des contenus sur internet connaissent une croissance phénoménale, ils offrent un grand nombre d’options de contrôle ou de suppression de contenus sur internet jugés « mauvais » : listes de blocage de mots, phrases, syllabes, sujets ou sites.
Alors pour ou contre la censure sur Internet ? Qu’en pensez-vous ?
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- La censure dans les médias sociaux
- Élaborer une campagne SEO à l’international comme un pro




































Panda a dit le 2 février 2010 à 10:03 :
320 millions de pages web sur le net ? Le chiffre me parait très bas. Google ou exalead ont un index de quelques 8 ou 9 milliards de pages.
Alexandra a dit le 2 février 2010 à 10:14 :
@ Panda : 320 millions de pages sur le web pour les États-Unis uniquement.
Alexandra Bonan a dit le 2 février 2010 à 15:26 :
Un article très intéressant paru sur le Monde : le cas de l’Australie qui interdit partiellement tous commentaires anonymes.
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/02/02/l-australie-interdit-partiellement-les-commentaires-anonymes-sur-internet_1299961_651865.html
Sébastien a dit le 3 février 2010 à 12:05 :
Depuis Hadopi 2 en France, la neutralité du réseau est enjeu. Peu de personnes parlent de ces problématiques. Je connais deux acteurs qui se battent pour la neutralité du réseau :
- La French Data Network (FDN), association, sans but lucratif dont le but est la promotion, l’utilisation et le développement des réseaux dans le respect de leur éthique, en favorisant en particulier les utilisations à des fins de recherche et d’éducation sans volonté commerciale.
- La quadrature du Net qui est un collectif de citoyens dont le but est d’alerter la population d’éventuelles dérives dans le domaine de l’informatique et des droits numériques.
ocbi a dit le 4 février 2010 à 10:15 :
Nouvelle forme de dictature : oui peut-être. Mais comme tout chose il y les avantages et les inconventients.
Alexandra Bonan a dit le 4 février 2010 à 13:00 :
@ Sébastien : en espérant qu’il n’y ait pas de dérapages en France de la loi Hadopi. C’est le cas en Angleterre où des innocents ont été accusés à tord de téléchargement illégal.
http://tout.lesinrocks.com/serieux/angleterre/france.html
@ Ocbi : oui il y a des avantages et des inconvénients, je trouve qu’il est temps que l’on commmence à se questionner sur la protection de la liberté individuelle sur Internet.
Andres Restrepo a dit le 4 février 2010 à 21:06 :
Superbe article Alex. Bravo d’aborder avec autant de rigueur et, une aussi belle plume, un sujet aussi important.
De l’avis de plusieurs experts présents au dernier Ressac Connect (http://bit.ly/cDeVaq). La surveillance, vigie et censure des contenus et conversations en ligne est un secteur d’activité qui connaitra une forte croissance dans les années à venir…
Les abus de pouvoir iront main dans la main avec les prouesses technologiques de cette nouvelle génération d’outils… L’Italie de Berlusconi et le Canada de Harper nous donnent d’ores et déjà un avant gout amer et une vision sinistre de ce futur imparfait…
Dans le pire des scénarios, ces vigies auront peut-être raison du potentiel révolutionnaire du Web.
Certains diront cependant que toute censure est stupide et futile par essence puisqu’elle qualifie, précise, décuple les élans de la révolution qui la fera sauter.
Je suis de l’avis de ceux-ci.
Pour nous libres penseurs, notre combat continu afin de ne jamais voir le jour où, dans 10 ou 15 ans, ma fille me demandera : “Papa, tu faisais quoi quand ils ont censuré la liberté de la presse sur Internet ?”
aece a dit le 9 février 2010 à 10:09 :
La liberté est primordiale, mais si la loi est faite pour protéger les auteurs et pour se défendre contre les pirates… il n’y a pas de mal à ça. Mais bon ça serait encore une longue histoire…